Franck Le Quellec
Texte Simon Wicart

Tout est question de regard. Sur les cartes, les doigts errent d’une métropole à l’autre. Ces grandes masses urbaines forment des taches grises incongrues, creusées d’interminables sillons. Elles aspirent le regard, attisent l’attention. Elles noient ceux qu’on appelle les « oubliés ». Pourtant, au bout de voies que l’on croirait sans issue, des femmes et des hommes demeurent. Ils continuent de façonner une terre à laquelle ils appartiennent. Malgré l’exode rural ou le déclin du commerce, l’évanouissement infondé de leur histoire, certains modernes aventuriers décident de s’y rendre. Attirés par le « vide », ils posent le regard pour analyser, décortiquer, comprendre et rapporter. Ils témoignent avec compassion de la fougue qui y subsiste.

En indéniable salarié de l’imaginaire, Franck Le Quellec est l’un de ses hommes. Appareil photo Pentax 67 en bandoulière, ce jeune aventurier s’est rendu à Châtelais pour immortaliser les couleurs chaudes qui caressent le crépuscule de l’été. Ses diapositives Velvia 100 exposent avec fidélité la clarté des paysages champêtres qui égrènent le village de Segré-en-Anjou Bleu. Un jour, il navigue sur les eaux douces de l’Oudon pour capturer son pont de pierre ; il glisse sur les tuiles branlantes de l’ancienne ardoisière de la Grande Besnardière pour se rappeler son passé industriel. Un autre, son objectif se heurte aux murs sévères de la tour Carrée ; il arpente les ruelles paisibles du bourg à la recherche du clocher. Ses sentiments sont a priori unanimes. Le paysage de Châtelais, authentique et baigné d’une culture champêtre, l’absorbe.

Les 600 habitants de Châtelais respirent la promesse d’une unité sereine. À l’ombre de ses cultures organisées en bocages, on se réfugie des grands axes, on vit à couvert du tintamarre des grandes cités. « On rentre pêcher à la maison pour se retrouver », entend-on au bord de l’Oudon. « On se réunit tous les mardis et vendredis pour quelques parties », précise-t-on au jeu de boule de fort. Malgré les commerces et services qui périclitent, à l’image de la récente fermeture de la pharmacie ou du médecin bientôt évaporé vers d’autres horizons, Franck Le Quellec immortalise les susnommés « oubliés ». Symboles forts d’une ruralité vigoureuse, les Châtelaisiens au milieu de leur territoire continuent de guetter fièrement l’avenir incertain.

Merci beaucoup aux bénévoles des Halles, pour leur implication et leur intérêt dans ce projet photo. Merci aux personnes rencontrées durant mes déambulations dans le village, pour leur ouverture lors de nos échanges.
Merci à Simon Wicart pour la réalisation conjointe du texte de présentation et l’élaboration d’un fanzine.
Merci à Sel de Pixel pour la réalisation des tirages.

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