Reportage au cœur de la commune de Persac

Franck Le Quellec

Sur la crête des deux vallées, le grand chemin s’étire, presque sans fin. Entre bois et champs, il s’ouvre sur un large horizon : la centrale nucléaire de Civaux s’y dessine d’un côté, de l’autre, la commune de Persac apparaît dans le paysage.

Enserrée par la Vienne et les Blourdes, ce petit village se tient à l’écart des grands axes. Autrefois au carrefour des routes commerciales entre Lussac-les-Châteaux et L’Isle-Jourdain, il semble aujourd’hui en retrait.

Entre les alvéoles rocheuses de la Grande Blourde, l’eau s’écoule presque en silence. Sous la chaleur inondant le Sud Vienne, le paysage ondule, baigné de lumière. À l’ombre des bosquets et des haies — encore nombreuses dans ce territoire peu remembré — le vert persiste, signe discret d’une vie qui résiste et s’enracine.

Au cœur du bourg, les commerces autrefois florissants ont peu à peu disparu. En remontant la Grand’rue, il devient difficile de retrouver la trace des anciens bistrots, de la quincaillerie ou de la boucherie. Seules quelques façades demeurent, notamment celles des anciennes boulangeries, reconnaissables entre toutes, mais leurs portes closes ne laissent plus entrer aucun client. Plus loin, les hameaux épars composent une autre géographie. Nichés en bord de rivière, à l’orée des bois ou encerclés de champs, ils affirment chacun à leur manière une identité propre.

Depuis près d’un siècle, Persac, comme de nombreux villages, n’échappe pas aux métamorphoses du paysage rural. Au fil des générations, de nombreux enfants de la commune ont choisi de poursuivre leur vie dans des villes plus vastes, pour apprendre, travailler, servir. Ils façonnent ainsi leur avenir en dehors de leur village natal.

Pourtant, on me l’assure : depuis la pandémie de COVID-19, une nouvelle dynamique s’amorce. Soutenues par les élu·e·s et les habitant·e·s, les services de proximité — commerce, pharmacie, soins infirmiers — se maintiennent. Lentement, des lieux rouvrent, des activités reprennent. La municipalité accompagne ce mouvement, facilitant l’arrivée de nouveaux médecins et la réouverture d’une boulangerie, autant de signes d’une vie locale qui se réinvente.

Au-delà de l’activité économique, une vie associative foisonnante irrigue Persac. Malgré le vieillissement de la population et la difficulté à renouveler les engagements bénévoles, ces espaces continuent de faire lien. On s’y retrouve pour jouer, broder, coudre, créer, marcher, chanter, danser, mais davantage encore pour échanger, se rencontrer, maintenir une présence collective. Au fil des rendez-vous réguliers comme des événements ponctuels, les associations demeurent un socle essentiel de la vie sociale.

Aujourd’hui encore, des femmes et des hommes s’engagent pour faire vivre cette ruralité. Lors des élections municipales, les deux listes en présence, dans cette commune de 700 habitant·e·s, défendaient avec conviction le maintien de l’école, poumons du village. Les positions diffèrent parfois, mais les efforts convergent. Maintenir une ruralité vivante relève d’un engagement quotidien.

Douze mois séparent mes premières images de l’aboutissement de ce reportage. Mes pas m’amènent à parcourir l’étendue de la commune, des bois aux champs, des rives aux chemins. Peu à peu, les rencontres ont dessiné le territoire : associations, commerces, activités, celles et ceux qui l’animent au quotidien. Les habitants et habitantes du village m’ont ouvert leurs portes, partageant des fragments d’histoires. C’est là que se révèlent les liens qui façonnent le territoire, et la singularité de chaque présence.

Ce travail est conté par des photographies argentiques. Elles rassemblent paysages et présences humaines, elles tissent, image après image, le récit sensible d’un territoire habité. Autant de fragments pour approcher, avec retenue, la mémoire de Persac.

Un immense merci à toutes les personnes qui m’ont ouvert leur porte et conté leur histoire ; Lauriane, Pierre-Vincent, Marie, Léa, Clara, Nathalie, Guy, Sam, Katye, Agnes, Bertrand, Ginette, Roland, Nannou, Remi, Marie-Christine, Sylvain, Emilie, Gérard, Sandra, Yann, Oscar, Evelyne, Frederic, Chantal, Thierry, Hugo, Audrey, Timothée, Ruben, Geoffrey, Louise, Flora, Tristan, René, Lucien, Nicole, Hermine, Régis, Marie-Thé, Jean-Luc, Monique, Damien, Emmanuel, Régis, Chantal, Ludo, Gilles, Pierre, Laurie-Ann, Paulette, Zeinab, Régis, Sylvain, Marion, Betty, Christelle, Martine, Sabine, Philippe, Irène, Pierre, Catherine, Elise, Marie-Eve, Stéphane, Christian, Gontrand, Sylvie, René, Aurélie, Sébastien, Emmanuella, Eric, Marie-Laure, Dylan, Cindy, Elena, Pascal, Natasha, Marc, Angélique, Christine, Celine, Frank, Véronique, Gilles, Marie-Odile, Marie-Claude, Jeannine, Anne-Françoise, Arnaud, Elisabeth, Chantal, Jane, Amélie, Annette, Valentine, Sophie, Etienne, Frédéric, Jean-Pierre, Corinne, Isabelle, François, Michel, Robert, Claudine, Sylvie, Lili, Michel, Yvonne, Emile, Eliane, Roland, Xavier, Franck, Niki, Miles, Alain, Cécile, Laure, Robert, Paul, Fériel et Maxime.

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