Un chantier humain
Franck Le Quellec







































Dissimulé dans les bocages du Limousin, le Village des Potentiels est inondé par la chaleur de juin. Réparti sur plusieurs parcelles autour d’un petit hameau, ce lieu d’habitat collectif porte un projet social. Au cœur du lieu-dit, un ancien bâtiment est en cours de rénovation pour recevoir trois logements solidaires. Pensé comme un environnement partagé en accueil inconditionnel, c’est-à-dire sans sélection des personnes accueillies, ces logements permettront d’héberger davantage d’habitant·e·s dans des conditions dignes.
Pendant dix jours, le hameau change de visage. Une trentaine de bénévoles de l’association Ragalizelles investissent le vieux bâtiment pour un chantier collectif. Transformer un sol de terre battue en un lieu de vie habitable : tel est l’objectif du projet Ragavane.
Partis de Niort à bord d’un poids lourd, de camions et de voitures, tractant caravanes et matériaux, les bénévoles forment un véritable convoi. Chaque année, le projet Ragavane se déplace pour participer à la rénovation de lieux porteurs de projets sociaux, souvent au delà des frontières de l’Hexagone. Cette année, c’est au Village des Potentiels que les ragavaneurs et les ragavaneuses ont choisi de poser leurs outils.
Trois jours se sont écoulés depuis le début du chantier. Il est neuf heures lorsque Vincent réunit l’ensemble du groupe pour un temps d’échange. Les soirées festives propres à la vie de chantier rendent parfois le réveil plus difficile, mais l’organisation collective reprend vite le dessus. Avec Sandrine, le planning a été préparé bien avant le début des travaux. Chaque matin, il est pourtant réajusté en fonction de l’avancée du chantier, des personnes présentes et de l’énergie de chacun et chacune. Les tâches sont ensuite réparties en petits groupes. Ce rendez-vous quotidien est aussi l’occasion de faire le point sur la vie commune. Car pendant dix jours, les participantes et participants ne partagent pas seulement un chantier : iels vivent ensemble, organisent leur quotidien et construisent, autant que les murs, une expérience collective.
La réunion terminée, le chantier s’anime. Chacun·e rejoint son poste, les outils circulent et les premiers gestes se mettent en place. Ici, les âges se côtoient, de 15 à 82 ans, tout comme les parcours. Certain·e·s sont professionnel·le·s du bâtiment ou l’ont été, d’autres découvrent ce milieu pour la première fois. Les équipes se composent de ces expériences mêlées : les plus expérimenté·e·s transmettent leurs savoir-faire, tandis que les novices apprennent en faisant. Chacun·e contribue selon ses capacités, dans une organisation où la coopération prime sur la spécialisation.
Les plus jeunes me confient qu’ils et elles imaginaient des journées plus longues, plus éprouvantes. La fatigue est bien présente, mais elle s’inscrit dans un quotidien partagé. Toutes les personnes présentes sont bénévoles et participent elles-mêmes aux frais du séjour, du carburant aux repas en passant par l’hébergement. Entre les heures de travail, les repas en commun et les soirées, une atmosphère singulière s’installe. Elle évoque parfois celle des colonies de vacances, où les efforts se mêlent aux souvenirs construits ensemble.
De l’autre côté de la route, le chantier se fait entendre avant de se voir. Le fracas de la perceuse, le sifflement de la scie circulaire, le claquement des échelles contre les murs et les voix mêlées composent des murmures continus. Dans un ancien bâtiment agricole transformé en cuisine et en réfectoire, François est à l’œuvre bien avant l’aube. Ancien cuisinier, lui aussi bénévole, il prépare chaque jour les repas de l’ensemble du groupe. Il raconte qu’il lui arrive d’envier celles et ceux qui travaillent sur le chantier, dont il entend l’activité au loin. Puis il se rappelle que son rôle permet à chacun·e de s’interrompre quelques instants, de s’asseoir autour d’une table et de reprendre des forces avant de retourner aux travaux.
Le déjeuner laisse place à un temps suspendu. Une poignée de personnes prolongent encore quelques minutes de repos sur les canapés, d’autres discutent à voix basse tandis que certain·e·s reprennent déjà le chemin du chantier. Cette année, me raconte-t-on, la présence des habitantes et habitants du Village des Potentiels donne une couleur particulière au chantier. Aux côtés des bénévoles, ils et elles participent aussi aux travaux et à la vie quotidienne. Peu à peu, au rythme des gestes de chacun et chacune, le vieux bâtiment poursuit sa métamorphose.
Après une journée et demie passée sur le chantier, les transformations sont déjà visibles. Le bâtiment change, et le collectif qui l’anime aussi. J’aurais voulu rester jusqu’aux derniers instants pour assister à l’aboutissement de cette aventure. Je l’apprendrai plus tard : au terme des dix jours, un des trois logements est entièrement achevé et un second est déjà largement avancé. Au regard de l’ampleur des travaux, le résultat surprend autant qu’il impressionne. Plus que les murs rénovés, ce chantier laisse entrevoir ce que peut produire un engagement partagé : des personnes venues d’horizons différents auront mis leur temps, leurs savoir-faire et leur énergie en commun pour créer un lieu destiné à accueillir d’autres personnes, dans la dignité.
Aujourd’hui, la maison solidaire du Village des Potentiels est rénovée à 70%, il manque le plus important pour pouvoir louer et rembourser le prêt : l’assainissement et le Consuel (Comité National pour la Sécurité des Usagers de l’Électricité)… Pour octobre ! L’association organise une collecte pour financer l’achèvement du projet solidaire, vous pouvez cliquer ici pour les soutenirs !
Et pour suivre le projet Ragavane c’est par là !
Un immense merci à toutes les personnes qui font le Village des Potentiels aujourd’hui, pour leur chaleureux accueil et à l’ensemble de la Ragateam, pour leur dynamisme, leur joie et tous ces moments de partage autour du chantier. Merci !
